THM et cancer du sein : les études permettent-elles réellement d'établir un lien de causalité ?
dernière mise à jour : février 2012

Quatres articles récents publiés dans le Journal of Family Planning and Reproductive Health Care sous l'égide de chercheurs de l'université de Cape Town, de celle de Surrey et de l'Imperial College London en Angleterre soulèvent la question du lien de causalité entre THM et cancer du sein rapporté à la fois dans la WHI et dans plusieurs études d'observation au cours de ces 10 dernières années.
Ces articles concernent les 3 études suivantes :
- la méta-analyse d'Oxford publiée en 1997 portant sur 51 études d'observation sur THM et cancer du sein.
- l'étude Women Health Initiative (WHI), qui regroupait 2 essais d'interventions. La 1ère étude concernait plus de 16 000 femmes, randomisées pour recevoir l'association estrogènes conjuguées équins (ECE) et acétate de médroxyprogestérone (MPA) selon un schéma combiné continu ou un placebo et suivies 5,2 ans. La 2ème étude s'adressait à 10 000 femmes hystérectomisées également randomisées pour recevoir soit les ECE seuls sans progestatifs associés, soit un placebo pendant 6,8 ans.
- la Million Women Study (MWS) qui est un étude d'observation ayant concerné plus 1 000 000 de femmes de plus de 50 ans en Angleterre qui avaient été incluses dans le cadre d'une campagne de dépistage du cancer du sein.
Pour chacune de ces 3 études, les auteurs de cette série de papiers se sont attachés à reprendre les données permettant d'établir ou non un lien de causalité entre THM et cancer du sein.
Neuf critères ont été plus spécifiquement analysés, parmi lesquels le moment de survenue du cancer par rapport au début du THM, la relation dose/effet, la présence potentielle de biais d'information ou de dépistage, l'existence de facteurs confondants, la puissance statistique des associations rapportées et finalement la validité interne et externe de chacune de ces 3 études.
Globalement, leurs conclusions se basent sur le fait que toutes ces études ne permettent pas de satisfaire à la plupart des critères sus-cités. C'est particulièrement le cas de la méta-analyse d'Oxford basées sur 51 études d'observation.
Pour la WHI, dont la validité interne ne peut être remise en question, les 2 essais donnent des résultats différents selon le type de THM utilisé. Pour les estrogènes seuls, cette étude ne rapporte aucune augmentation du risque de cancer du sein. Pour l'essai portant sur l'association ECE et MPA, les données ne satisfont pas également à un certain nombre de critères avec une puissance statistique faible, l'absence de validité externe ou de plausibilité biologique.
Enfin, pour la MWS, les auteurs soulignent que malgré le grand nombre de femmes suivies, cette étude d'observation est également soumise à la plupart des biais méthodologiques inhérents à ce type d'étude épidémiologique et déjà soulignés pour la méta-analyse d'Oxford.
En d'autres termes le nombre de femmes incluses ne constituent pas un gage de validité scientifique. Pour des risques relatifs inférieurs à 2, l'existence de facteurs confondants qui pour le cancer du sein sont représentés par l'obésité, la consommation d'alcool, l'activité physique ou la densité mammographique sont susceptibles d'impacter la significativité statistique d'une telle association.
Au total, les auteurs soulignent que si ces 3 études rapportent toutes une association entre la prise d'un THM et l'augmentation du risque de cancer du sein, elles ne permettent pas d'en établir un lien de causalité formel.
Ces résultats ne peuvent donc que souligner la nécessité au plan individuel de l'évaluation la plus soigneuse possible de la balance/risque du THM chaque fois que la question de la mise en route de ce traitement est posée.
Pour lire l'article paru dans le NY Daily News, cliquer sur ce lien
Pour en savoir plus, lisez les articles :
1) Shapiro S, Farmer RDT, Seaman H et al. Does hormone replacement therapy cause breast cancer? An application of causal principles to three studies. Part 1. The Collaborative Reanalysis. Journal of Family Planning and Reproductive Health Care 2011;37:103-109
2) Shapiro S, Farmer RDT, Meuck AO et al. Does hormone replacement therapy cause breast cancer? An application of causal principles to three studies. Part 2. The Women's Health Initiative: estrogen plus progestogen. Journal of Family Planning and Reproductive Health Care 2011;37:165-172.
3) Shapiro S, Farmer RDT, Meuck AO et al. Does hormone replacement therapy cause breast cancer? An application of causal principles to three studies. Part 3. The Women's Health Initiative: unopposed estrogen. Journal of Family Planning and Reproductive Health Care 2011;37:225-230
4) Shapiro S, Farmer RDT, Stevenson JC et al. Does hormone replacement therapy cause breast cancer? An application of causal principles to three studies. Part 4. The Million Women Study. Journal of Family Planning and Reproductive Health Care. Published online January 17 2012






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